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L'Impérialisme dans l'alimentation, l'agriculture et propagation de pathogènes mortels - Jose Maria Sison

Ce présent article est une retranscription du wébinaire de Jose Maria Sison, communiste philippin, organisé par la Commision n°6  de la Ligue Internationale de Lutte des Peuples en date du 19 juin 2020. Le thème du wébinaire porte sur l'organisation de la résistance à une politique de famine perpétré par l'impérialisme en contexte de pandémie. Article en anglais accessible sur son blog :

https://jomasison.org/imperialism-in-food-and-agricultureand-spread-of-deadly-pathogens/?fbclid=IwAR1BeVbl8UJpse_1CMqLd3s-ZNouayiy10_ExU7CQa1dEXg-VAaMXhhqw6o

 

Chers collègues et amis,

Avant tout, je souhaiterai remercier la Commission n° 6 de la Ligue internationale de lutte des peuples pour avoir organisé ce webinaire sur le thème général de “Résister à une politique de famines : une lutte contre l’avancement de la domination impérialiste sur l’alimentation et l’agriculture dans le contexte de la pandémie”.

Mon but précis est de parler du sujet de “L’impérialisme dans l’alimentation et l’agriculture et l’émergence de pathogènes mortels”. Je vais vous présenter les faits majeurs concernant l’impérialisme dans l’alimentation et l’agriculture sous la politique économique néolibérale, l’émergence, en conséquence, de pathogènes mortels dus à la dégradation sociale et environnementale ainsi que les conclusions et tâches urgentes qui peuvent être présentées.

En raison des contraintes de temps, je me concentrerai sur les relations entre les entreprises impérialistes (qu’elles soient appelées multinationales, entreprises transnationales ou simplement monopoles) et les pays sous-développés en ce qui concerne l’exploitation de la terre et d’autres ressources naturelles. Chacun d’entre nous peut supposer que les monopoles agroalimentaires réalisent leurs surprofits dans leurs pays d’origine et dans le monde en général en étant capables de se fournir des produits agricoles, forestiers et minéraux bon marché des pays sous-développés.


I- L’impérialisme dans l’alimentation et l’agriculture

Le clerc anglican et économiste Thomas Malthus écrivait en 1798 qu’une augmentation de la production de nourriture d’une nation accroissait le bien-être de la population ainsi que son nombre et que, finalement, la croissance démographique entraînerait une détérioration des conditions de vie en raison de l’incapacité de l’économie et des ressources naturelles à suivre le rythme de la croissance démographique. Il s’opposait à la vision optimiste de l’Europe du XVIIIe siècle selon laquelle la société pouvait continuer à s’améliorer et à se perfectionner.

Borné, il faisait preuve de pessimisme et était emporté par la doctrine chrétienne du péché originel et de l’imperfection humaine en contraste à la perfection divine. Il ne tenait pas pleinement en compte du potentiel élevé de la science et de la technologie, même sous le capitalisme, de l’augmentation de la productivité et du possible déploiement des pauvres désespérés d’Angleterre dans les colonies moins peuplées depuis le XVIe siècle et, évidemment, dans usines urbaines depuis le début de la révolution industrielle.

Depuis l’époque de Malthus, un grand nombre de changements se sont produits. La science et la technologie ont continué jusqu’à nos jours à accroître la productivité du prolétariat et des autres classes travailleuses, mais la population a augmenté à un rythme cumulatif, notamment grâce aux progrès de la chimie, des sciences pharmaceutiques et médicales qui, dans l’ensemble, ont mis fin aux épidémies du type et de l’ampleur de celles qui ont décimé de nombreuses parts de la population dans l’Antiquité et au Moyen Âge.

Mais la libre concurrence entre les capitalistes du XIXe siècle s’est transformée en capitalisme de monopole, qui accumule si rapidement la richesse dans les mains d’un petit nombre aux dépens de tant de gens. Le capitalisme de monopole, ou impérialisme moderne, est l’étape finale, décadente et moribonde, du développement capitaliste, enclin à des crises de surproduction toujours plus graves et des guerres d’agression dans la lutte pour la nouvelle répartition du monde entre les puissances impérialistes.

Dans les années 1970, la théorie malthusienne a connu un grand regain d’intérêt lorsque, lors de la Conférence Mondiale de l’Alimentation à Rome, les idéologues et économistes des puissances impérialistes ont insisté sur la crise pétrolière et les limites de la croissance démographique et appelé à un contrôle de la population. S’appelant officiellement le “Club de Rome” et publiant des ouvrages de vulgarisation, ils ont occulté le socialisme et l’amélioration de la science ainsi que de la technologie comme une façon d’éviter le soi-disant piège malthusien. Comme l’histoire récente des pays socialistes le montre, ceux-ci peuvent assurer le bien-être économique et le développement culturel d’une population bien plus nombreuse que celle des années 1970 ou même de nos jours.

Mais les économistes du capitalisme de monopole ont prôné de manière hypocrite le développement durable respectueux de l’environnement tout en déployant les pétrodollars et gardant la ligne néo-keynésienne de développement économique. Cette ligne se base sur le fait que les pays sous-développés doivent obtenir des prêts des pays impérialistes et s’ouvrir aux investissements directs et prêts étrangers pour la construction d’infrastructures, cela afin de faciliter et d’améliorer les échanges de matières premières de l’arrière-pays et de produits manufacturés de l’étranger sous les auspices du FMI et de la Banque Mondiale.

En même temps, les États-Unis étaient empêtrés dans le problème de la stagflation en raison de la crise économique et financière récurrente due à la réhabilitation et à l'expansion des capacités productives des principaux pays capitalistes précédemment ruinés par la Seconde Guerre mondiale. À partir de 1979, la solution promue par les États-Unis et poursuivie par leurs alliés a été la politique économique néolibérale, destinée à accélérer la prise de bénéfices et l'accumulation de capital et censée permettre à la bourgeoisie monopoliste de créer plus d'emplois et plus de richesse sociale, dans le déni total du prolétariat qui est le véritable créateur de la richesse sociale.

La politique néolibérale inclut la réduction des salaires, l’érosion de la sécurité de l’emploi, les retraites et les allocations sociales, la réduction des impôts sur les entreprises et les contribuables à fort revenus, la libéralisation du commerce et des investissements, la privatisation des biens publics rentables, en supprimant les réglementations protégeant le travail, les femmes et l’environnement et plus loin la dénationalisation accrue des économies des semi colonies et des pays dépendants afin d’étendre le traitement national aux monopoles étrangères.

La crise de surproduction dans l'industrie manufacturière et la chute du taux de profit qui ont caractérisé le profond marasme de 1980 à 1982 dans les pays impérialistes ont conduit les monopoles à rechercher un taux de profit plus élevé en exploitant les pays sous-développés et en pillant leurs ressources naturelles. Les Etats-Unis se sont démarqués avec la financiarisation de leur économie et en cédant la fabrication de produits de consommation à la Chine dans les années 1980.

Depuis plus de quatre décennies, les Etats-Unis et leurs alliés impérialistes du G-7, de l'OCDE et du G20, ainsi que les agences multilatérales comme le FMI, la Banque mondiale et l'OMC, ont vanté la politique économique néolibérale de la mondialisation impérialiste et l'ont soumise à tous les États clients des Etats-Unis et de leurs alliés impérialistes. Elle est devenue leur nouveau moyen, étant le plus exploiteur, d'harmoniser leurs intérêts et d'escamoter les contradictions inter-impérialistes aux dépens du prolétariat et des masses populaires du monde.

Les puissances impérialistes dictaient facilement la politique économique néolibérale à leurs États clients, en particulier dans les pays sous-développés, dont la dette extérieure accumulée les rendait mendiants pour des programmes d’ajustements structurels. La pontification impérialiste est que les pays sous-développés peuvent se développer plus rapidement en acceptant le néolibéralisme et en profitant d’un avantage comparatif en se spécialisant dans la production de certaines matières premières et de produits semi-manufacturés destinés à l’exportation. Ainsi, les pays sous-développés comme les Philippines ont continué à s’éloigner de la ligne d’une véritable réforme agraire et d’une industrialisation nationale.

A cet égard, les Etats-Unis et d’autres entreprises impérialistes ont pu renforcer leur contrôle global grâce à des programmes d’ajustement structurel et ont obtenu de nouveaux privilèges, le traitement national ou le traitement de la nation la plus favorisée pour leurs investissements dans l’acquisition de terres et de ressources naturelles et l’exploitation de toutes sortes d’entreprises. Elles ont ainsi élargi leurs possibilités de pillage accéléré des ressources naturelles et de dégradation de l’environnement dans les pays sous-développés.

A une vitesse vertigineuse, ils ont, avec leurs grands agents capitalistes compradores et bureaucrates, procédé à l’expansion des opérations d’exploitation forestière, minière, de plantation, d’élevage et d’aquaculture afin d’augmenter la production destinée à l’exportation. Cela correspondait à la volonté des puissances impérialistes d’obtenir des superprofits toujours plus importants à partir de matières premières moins chères, de contrer la tendance persistante à la baisse du taux de profit dans leurs économies nationales et de stimuler l’appétit de la Chine pour la nourriture et les matières premières dans sa frénésie à devenir un nouveau géant capitaliste au cours des quatre dernières décennies.

Le résultat a été les immenses accaparements de terres du XXIe siècle. L’accumulation des terres entre les mains des entreprises agroalimentaires capitalistes a été favorisé par les prix élevés des denrées alimentaires de base en 2008 et 2011, ainsi que par la recherche d’actifs tangibles par les oligarques de la finance après l’éclatement de la crise financière et économique mondiale en 2008.

Tout ce processus a mené des agriculteurs et petits producteurs alimentaires à être dépossédés de leurs terres, et leur migration massive vers les villes, tandis que les entreprises agricoles impérialistes remplaçaient l’agriculture traditionnelle avec des plantations en monoculture. Les zones urbaines résultantes, servant de marchés et de routes commerciales pour les produits des entreprises agricoles, sont devenues les espaces où certaines maladies, précédemment confinées aux forêts, peuvent entrer et prospérer.

Toute l’exploitation forestière ou minière, de plantation, d’élevage et d’aquaculture destinées à l’exportation, ainsi que les entreprises immobilières et touristiques, ont réduit les terres agricoles et les ressources d’eau nécessaires à la production d’aliments destinés à la consommation domestique. De plus, elles ont entraînées la déforestation, des cycles sévères de sécheresse et d’inondation, l’érosion des sols et des glissements de terrains, la pollution de rivières et des cours d’eau par des acides provenant des mines à ciel ouvert et des pesticides des grandes monocultures, ainsi que la perturbation de l’écoulement de l’eau vers les exploitations agricoles produisant des aliments pour la population nationale.

Les terres ruinées inutilisables pour l’agriculture et les autres terres dites en friche (y compris les terres ancestrales de peuples indigènes) qui sont jugées non rentables pour la production actuelle continuent d’être soumises aux monopoles fonciers. De plus en plus, elles sont converties en stations d’écotourisme ou d’agrotourisme, ou comme annexes résidentielles, commerciales et récréatives d’enclaves des grandes entreprises – essentiellement pour augmenter la rente foncière différentielle et pour créer de nouvelles sources de profits dans les services non industriels, en plus des profits plus traditionnels des compradores et des propriétaires.

Dans certains pays et régions du monde, comme en Afrique, de vastes terres aux ressources hydriques, minérales et biologiques encore inexplorées et inexploitées sont contrôlées par les grands capitalistes financiers pour des buts spéculatifs. Certains magnats africains du pétrole se sont lancés dans l’acquisition et l’exploitation de pans entiers de terres en Afrique pour la production alimentaire.

Mais le système alimentaire mondial est dominé par les puissances impérialistes, principalement par les États-Unis qui sont le premier exportateur mondial de denrées alimentaires. Les politiques néolibérales depuis les années 1980 ont ouvert des marchés agricoles aux productions agricoles hautement subventionnées par les pouvoirs mondiaux. Dans les pays sous-développés, les économies rurales sont devenues encore plus liées et subordonnées à l’agrobusiness mondial.

Les géants transnationaux de l’agroalimentaire se sont étendus et ancrés dans des systèmes alimentaires à travers le monde. Ils contrôlent les intrants agricoles (comme les semences, engrais, pesticides et autres produits chimiques) et produisent les équipements et machines agricoles. Ce sont les monopoles marchands qui achètent les cultures principales du monde, les plus grands transformateurs et fabricants de produits alimentaires, et les les détaillants qui dictent leur conduite aux consommateurs au bout de la chaîne d'approvisionnement alimentaire mondiale. Pour souligner leur domination écrasante, un tiers, voire la moitié des échanges agricoles mondiaux sont des échanges intra-entreprises.

Les entreprises agricoles impérialistes, avec l’aide de grands agents compradores, contrôlent, manipulent, réduisent et déforment la production alimentaire et l’agriculture non seulement dans le contexte des politiques néolibérales et de l’économie d’un pays sous-développé particulier. Mais ils profitent également en créant de la pénurie alimentaire dans un pays afin d’importer la nourriture depuis un autre pays sous-développé ou même depuis un pays impérialiste. Ils contrôlent la production et le commerce alimentaires à une échelle qui échappe aux autorités nationales censées se préoccuper de la souveraineté et de la sécurité alimentaires.

II- Les pathogènes dus à la dégradation de l’environnement

La pandémie de COVID-19 s’est propagée dans plus de 200 pays et a semé le chaos dans leurs économies et systèmes de santé. La situation est si grave que des gouvernements et des institutions et experts scientifiques ont attiré l’attention sur l’émergence de pathogènes hautement contagieux et létaux, en résultat de la dégradation environnementale et des changements climatiques et météorologiques de plus en plus extrêmes. 

Les scientifiques progressistes nous disent que les pathogènes mortels ont toujours existé et ont provoqué des maladies et épidémies même avant l’ère de l’impérialisme. Mais à cause de leur croyance dans un progrès technologique et économique continu, certains scientifiques dans les années 1970 croyaient que les maladies infectieuses avaient tellement reculé qu’elles avaient cessé d’être l’objectif de la recherche.

C'était ironiquement à cette époque que l'économie mondiale a été restructurée selon le néolibéralisme de manière à modifier radicalement les relations sociales, les populations, les habitudes alimentaires et l'utilisation des terres. Si les agents pathogènes existeront toujours, c'est la manière dont nos sociétés sont organisées ou désorganisées qui leur permettent de provoquer des maladies, voire même des pandémies.

La déforestation massive, les changements d’affectations des sols et d’autres empiètements humains, induits par le capitalisme, dans les biomes naturels ont réduits l’habitat de la vie sauvage et ont perturbé l’équilibre écologique entre les organismes, créant ainsi les conditions propices à la mutation de microbes pour devenir plus infectieux et dangereux pathogènes. En même temps, la population croissante est devenue plus dépendante et plus proche des forêts en déclin. 

L’interaction plus intime des humains avec les animaux sauvages ainsi qu’avec le bétail, la volaille et les animaux de compagnie a facilité la transmission de pathogènes depuis ces animaux aux humains. Les politiques économiques néolibérales ont accélérées la ruine de l’environnement et le bombardement d’aliments et médicaments malsains dans les systèmes humains, causant l’affaiblissement des niveaux d’immunités à la fois des humains et des animaux (autant sauvage que domestiques) ainsi que des oiseaux et insectes qui portent et transmettent les maladies zoonotiques. 

Des études scientifiques ont établi que de nouveaux pathogènes comme le SRAS (2003), la grippe porcine (2009), le MERS (2012) et maintenant le COVID-19 sont le résultat de la dégradation environnementale et de contacts plus fréquents d’humains avec les espèces sauvages porteuses de pathogènes. Cette situation s’inscrit dans le contexte d’exploitation accélérée des ressources naturelles en réponse à la demande croissante de produits à base de ressources, d’énergie et d’alimentation basée sur les animaux.

Selon l’OMS, le XXIe siècle a déjà été marqué par des épidémies majeures. De vieilles épidémies comme le choléra, la peste et la fièvre jaune sont revenues et une cascade de nouvelles maladies ont émergées comme le SRAS (Syndrome Respiratoire Aigu Sévère), le MERS, Ebola, la fièvre de Lassa, la fièvre hémorragique de Crimée-Congo, la fièvre jaune, le Zika, le chikungunya, la grippe aviaire et autre zoonoses, la grippe saisonnière, la grippe pandémique, le choléra, la variole du singe, la peste, la leptospirose et la méningococcie. Et maintenant le COVID-19.

On estime que 60 à 70 % des maladies infectieuses émergentes reconnues proviennent d’animaux résidant en forêts perturbées et dégradées par les entreprises impérialistes et leurs agents locaux. En poursuite de leurs superprofits, ces pilleurs ont fait des ravages  dans l'utilisation appropriée ou respectueuse de l'environnement des terres, pratiques agricoles et productions alimentaires. L’extension rapide de l’exploitation forestière, du minage pour les carburants fossiles et autres minéraux à usages industriels et les cultures d’exportations ont propulsé l’invasion et la dégradation des forêts tropicales et d’autres biomes naturels, particulièrement sous les régimes de politiques économiques néolibérales.

D’autres impacts majeurs du changement climatique, comme la fonte de glace dans les glaciers et des toundras, pourrait aussi libérer et réactiver en masse d’anciens pathogènes rendus inactifs durant les ères glaciaires précédentes et contre lesquels les organismes actuels, incluant les humains, ne peuvent pas rapidement mettre en place des défenses immunitaires efficaces.

Le rapport sur les risques mondiaux du Forum Économique Mondial a mis en avant pour la première fois les risques environnementaux, dont le réchauffement climatique et les dommages à la biodiversité. On estime que les précédentes épidémies de maladies infectieuses d’origine zoonotique et la pandémie de COVID-19 entraîneront d’autres contagions qui sont maintenant considérées comme une des menaces principales pour l’humanité. 

Les idéologues et agents politiques des monopoles reconnaissent la dégradation environnementale comme une menace sérieuse pour l’humanité et identifient la combustion des combustibles fossiles et la destruction des forêts tropicales comme la cause du réchauffement climatique et maintenant de pathogènes hautement infectieux. Mais ils n’identifient pas la bourgeoisie monopoliste comme le principal coupable responsable du pillage et de la dégradation de l’environnement. 

Avec les progrès de la science et de la technologie, il existe des sources d’énergie plus propres et plus efficaces que les combustibles fossiles, comme le soleil, le vent et les vagues de marée. Mais les monopoles du pétrole sont devenus si lourdement investis dans les combustibles fossiles qu'ils ne pensent qu'à en tirer des superprofits. Il y a des moyens moins coûteux et plus efficaces de produire davantage et de meilleurs produits avec moins de matières premières, mais les capitalistes monopolistes persistent dans des méthodes nuisibles et destructrices pour la société et la nature. Les monopoles se targuent d’être innovants et de faire bon usage de la science et de la technologie mais ils les subordonnent à la recherche de profit plutôt que s’en servir pour produire des biens plus efficaces et plus économiques afin de répondre aux besoins du peuple. 

Un certain nombre d’entreprises capitalistes pionnières et quelques gouvernements de pays capitalistes avancés se tournent vers les sources d’énergie et matières premières renouvelables, mais seulement comme de nouvelles sources de profit. Mais ils sont loin d’être capable de remplacer les monopoles dominants du pétrole et du gaz et les compagnies pétrolières récemment apparues. Il y a aussi des tentatives renouvelées d’inclure l’énergie nucléaire et les grands barrages comme des sources d’énergie “sans danger, propre et renouvelables” tout en éludant les inquiétudes publiques de longue date du public sur leurs effets néfastes à long terme sur la santé, la sécurité et d’autres impacts environnementaux. 

Plutôt que de tenir la bourgeoisie monopoliste responsable de la dégradation de l’environnement et des conséquences nuisibles au peuple, les idéologues et agents politiques du capitalisme monopoliste blâment les personnes qui ont été privés de terres en essayent de gagner leur vie des forêts, prairies naturelles, lacs et des côtes maritimes comme agriculteurs, chasseurs d’animaux, gardiens de troupeaux, pêcheurs, bûcherons de bas niveaux, cueilleurs de fruits, etc. Les grandes entreprises et propriétaires terriens continuent de s'accaparer des terres et de priver des millions de paysans de leurs terres et ressources naturelles. En même temps, il n’y a pas de véritable réforme agraire ainsi que d’industrialisation nationale pour générer de l’emploi pour le nombre grandissant de chômeurs. 

Dans de nombreux pays sous-développés, les populations sont privées de leurs terres par les monopoles et leurs auxiliaires locaux. Ces entreprises prennent la propriété ou contrôle des terres en vertu de diverses formes d’accords avec l’Etat pour l’exploitation forestière, la gestion des forêts, d’exploitation minière et d’agriculture, notamment des plantations de monocultures, des ranchs ou des exploitations mixtes intensives pour le bétail et les aliments pour animaux, des vergers et des élevages de crevettes. Les plantations de monocultures destinées à produire des aliments et des matières premières à usage industriel et les ranchs destinés à l’élevage de divers types de troupeaux sont les plus étendus. Elles occupent généralement les zones exploitées du domaine public.

Les technologies d’orientation capitaliste de monoculture dans la production végétale et l’élevage animal, parce qu’elles entraînent de fortes densités d’espèces identiques, s’avèrent être des facteurs majeurs dans l’augmentation de maladies infectieuses animales ou végétales. Les nouveaux pathogènes à l’origine de ces maladies se répandent rapidement, causent des épidémies récurrentes parmi les cultures et le bétail dont l'immunité est affaiblie par les produits agrochimiques et biotechnologiques, et ainsi créent de nouveaux dangers pour la santé et la vie des gens.

Dans la pratique de l’impérialisme agricole, les monopoles étrangers utilisent le pouvoir politique des Etats impérialistes sur les pays clients et déploient de larges montants de capital financier et productif. Ce dernier prend la forme d’équipements tels que des bulldozers, des tracteurs, des semoirs, moissonneuses, générateurs d’énergie, etc. Ils vont jusqu’à s’approprier les droits de brevet sur des espèces végétales et animales indigènes ou sur des procédés agricoles par le biais de l’édition de gènes ou du génie génétique, ce qui prive le peuple du droit de cultiver des plantes ou d’élever des animaux qu’ils ont développés longtemps à travers les méthodes traditionnelles de sélection de races et de semences.

Contrairement aux techniques de sélection traditionnelles, la biotechnologie moderne est désormais capable de répartir du matériel génétique entre des espèces non apparentées pour créer des organismes génétiquement modifiés (OGM). Les entreprises capitalistes de biotechnologie sont donc en mesure de contrôler le processus de production de semences et de races animales génétiquement modifiées afin d'en monopoliser l'offre. Cette nouvelle forme de piratage et de monopole n'est pas seulement appliquée par des moyens juridiques et techniques, mais aussi par les mécanismes du marché.

Les entreprises agro chimiques et biotechnologiques mènent une campagne agressive pour que des secteurs agricoles entiers adoptent les nouvelles cultures et le nouveau bétail génétiquement modifié, tuant ainsi les races traditionnelles. Les cultures et le bétail génétiquement modifiés, bien qu'ils soient censés être plus résistants aux anciens parasites et pathogènes, créent des conditions propices à l'apparition de nouveaux parasites et pathogènes. Ces dangers nouveaux et à peine compris poussent les agriculteurs et les communautés rurales à être plus dépendants des solutions biotechnologiques "améliorées" et coûteuses, dans une course sans fin qui finit par ruiner les petits agriculteurs. Il arrive également que des organismes génétiquement modifiés deviennent sauvages et se répandent de manière incontrôlée, devenant eux-mêmes des espèces envahissantes.

Les sociétés agroalimentaires impérialistes collaborent avec l'État-client pour mener des campagnes similaires à la révolution verte, dans le cadre desquelles elles monopolisent les semences génétiquement modifiées ou les races animales et les autres intrants nécessaires (produits chimiques, équipements, irrigation, etc.) et excluent les paysans sans terre et les petits propriétaires-cultivateurs. Cependant, les sociétés agroalimentaires étrangères engagent parfois les riches paysans et les petits et moyens propriétaires terriens dans des contrats de location et de culture déséquilibrés qui leur font perdre le contrôle de la terre.

La monoculture sur de vastes étendues de terre a entraîné une destruction massive de la fertilité originelle du sol et l'utilisation massive d'engrais, de pesticides, d'hormones et d'autres produits chimiques qui en résulte ne fait que détruire davantage le sol. Pire encore, ces produits chimiques empoisonnent les chaînes alimentaires et provoquent un large éventail de maladies, notamment des cancers et des insuffisances rénales. À cet égard, certaines entreprises agrochimiques monopolistiques sont devenues célèbres pour leur empoisonnement de la chaîne alimentaire. Il s'agit de Monsanto-Bayer, Dow-Dupont et Syngenta ChemChina.

Favorisées par la politique économique néolibérale, et usant de leurs prouesses financières, les entreprises agricoles ont pris contrôle de la production et du commerce agricoles mondiaux en connexion avec les grandes chaînes de supermarchés. Ils trônent sur de vastes étendues de terres de catégories variées (agricoles, pâturage, régions boisées, riches en minerais, etc.) et des ressources en eau dans divers pays sous-développés, en privent des millions de personnes, faussent le secteur agricole et l’ensemble de l’économie, ruinent les masses paysannes, provoquent des pénuries alimentaires et des famines, épuisent les ressources forestières, aquatiques et marines et servent de facteur majeur dans la destruction de la biodiversité causant des pathogènes plus contagieux et mortels.

Pendant la pandémie de COVID-10, les travailleurs agricoles saisonniers, migrants et fixes, ainsi que les travailleurs de l’industrie alimentaire, ont été amenés à récolter et à travailler sans rémunération suffisante, sans équipement de protection, sans protocoles de distanciation plus sûrs et sans soins médicaux. Ainsi, l’intensification des difficultés de l’exploitation des travailleurs et des paysans permet d’accroître les profits des multinationales de l’industrie agricole mondiale.

En outre, la faim dans le monde et le gaspillage alimentaire, dus principalement à la surproduction et, accessoirement, à l'accaparement spéculatif de produits alimentaires essentiels par quelques privilégiés, augmentent rapidement. Les grandes entreprises pharmaceutiques ont également cherché à faire de plus gros profits en fabriquant des produits (tels que les traitements et les kits de test COVID-19) dérivés des pratiques, des connaissances et des ressources paysannes et indigènes, et même en utilisant des groupes indigènes comme cobayes pour des tests de médicaments expérimentaux.

III- Conclusions, perspectives et tâches urgentes

L'impérialisme américain a été le principal instigateur de la politique économique néolibérale et l'a présentée comme la politique la plus efficace pour la mondialisation impérialiste. Malgré leur récente mésentente avec la Chine, leur principal partenaire dans la mondialisation néolibérale, et malgré leurs déclarations et actions protectionnistes contre ce qu'ils considèrent désormais comme leur principal concurrent économique et rival politique, les États-Unis, comme la Chine, considèrent toujours la politique économique néolibérale comme extrêmement rentable pour toutes les puissances impérialistes. C'est toujours le moyen le plus efficace d'exploiter les populations et les ressources des pays sous-développés, qui deviennent ainsi une source de main-d'œuvre et de matières premières bon marché, un champ d'investissement pour les capitaux et un marché pour les produits manufacturés excédentaires.

Mais les politiques économiques néolibérales ont indigné les larges masses populaires des pays impérialistes et sous-développés. L'accumulation et la centralisation accélérées du capital entre les mains de la bourgeoisie monopoliste, en faisant baisser les revenus des travailleurs, ont entraîné la récurrence et l'aggravation fréquentes de la crise de surproduction et, par conséquent, de la crise financière. Le taux d'exploitation a atteint un tel niveau que seule une petite fraction comme 1 % de la population, quelques centaines d'individus, possède 80 % de la richesse mondiale, et que 99 % de la population n'a que 20 % à partager.

Toutes les promesses des partisans de la politique néolibérale, selon lesquelles la croissance du produit intérieur brut et l'accumulation rapide de capital entre les mains de la bourgeoisie monopoliste se répercutent sur le reste de la population, se sont révélées totalement fausses. Le chômage, le manque de sécurité de l'emploi et la pauvreté de masse augmentent dans tous les types de pays. Même la classe moyenne tant vantée dans les pays développés s'est réduite et a rejoint le précariat. Le sous-développement, les taux de chômage les plus élevés et les pires formes de pauvreté et de privation touchent l'écrasante majorité des pays. Le système capitaliste mondial vacille sous l'effet de l'endettement croissant des banques centrales, des entreprises et des ménages.

La politique néolibérale n'est pas durable, elle est donc en train de s'effilocher et est totalement discréditée. Elle a suscité l'indignation des peuples du monde entier. Depuis l'année dernière, il y a eu une flambée sans précédent de protestations de masse à l'échelle mondiale contre le néolibéralisme, les mesures d'austérité et l'utilisation croissante du terrorisme d'État pour supprimer les plaintes et les demandes des populations pour de meilleures conditions socio-économiques, politiques et culturelles.

La pandémie de COVID-19 et les confinements ont ralenti les protestations de masse pendant un certain temps ces derniers mois parce que les gens eux-mêmes ont accepté de combattre la pandémie en raison de leur extrême inquiétude face à une menace à peine connue, qui se répand rapidement et qui est mortelle pour leur santé. Mais cela a mis en évidence le caractère anti-populaire des systèmes en place et les conséquences antisociales du néolibéralisme, telles que l'inadéquation flagrante des systèmes de santé publique et l'incapacité à fournir des services médicaux.

La plupart des gouvernements ont adopté des mesures nationales drastiques contre la pandémie, reflétant dans une certaine mesure le besoin réel et urgent d'une réponse efficace en matière de santé publique, mais cédant également aux scénarios apocalyptiques poussés par certains milieux. Il s'agit notamment d'un repositionnement irréfléchi des ressources médicales, qui met en évidence les failles fondamentales du système de santé, et de vastes mesures de confinement qui entraînent la fermeture forcée de nombreuses entreprises, limitent ou paralysent les transports publics et obligent la plupart des gens à rester chez eux ou à s'abriter sur place. En raison de ces fermetures, un pourcentage important des masses laborieuses et des classes moyennes a perdu son emploi ou ses moyens de subsistance, en particulier dans le secteur informel.

La plupart des Etats réactionnaires ont pris avantage de la pandémie et des confinements pour imposer les priorités de leur propre classe dirigeante face à la crise, tout en mettant de côté les besoins et demandes urgentes du peuple. A travers les confinements, ils n’ont pas apporté d’assistance alimentaire adéquate et d’autres formes d’aides sociales et de services d'urgences, causant ainsi une famine généralisée, des maladies et d’autres privations extrêmes. 

Dans certains pays comme les Philippines, la Thaïlande, la Bolivie, le Brésil, le Chili et d’autres, les forces fascistes ont profité de la pandémie et des confinements pour réprimer le peuple, imposer ou étendre les pouvoirs d’urgence et les prises de contrôle militaires de fonctions civiles, ont court-circuité les processus étatiques réguliers pour passer des mesures impopulaires et accélérer leurs objectifs factionnels, et faire des transferts massifs de fonds publics aux entreprises privées et aux poches des bureaucrates et officiers militaires corrompus. 

Quoi qu'il en soit, la pandémie et les confinements ont cassé la production dans l'économie mondiale et aggravé la crise économique. Le FMI, la Banque mondiale et l'OCDE estiment que le PIB mondial pour 2020 devrait se contracter de 5 %, une baisse plus importante que lors de la récession mondiale de 2008. L'OCDE a calculé que pour chaque mois de blocage, la production dans la plupart des secteurs chute de 25 % et le PIB annuel de 2 %. Le FMI estime également que plus de 170 pays connaîtront une croissance négative du revenu par habitant cette année. Le marasme économique qui s'annonce est bien pire que la Grande Dépression des années 1930.

Selon l’OIT, environ 81 % des 3,3 milliards de travailleurs dans le monde ont été mis au chômage. Environ 6,7 % des heures de travail ont été perdues au cours du deuxième trimestre de 2020. La perte de main-d'œuvre prévue pour 2020 est d'environ 3,5 trillions de dollars. La pauvreté de masse va augmenter de manière drastique. Oxfam s'attend à une contraction de 20 % des revenus et prévoit que le nombre de personnes vivant dans l'extrême pauvreté augmentera de 434 millions pour atteindre 932 millions dans le monde.

Déjà en avril 2020, le Programme alimentaire mondial des Nations unies annonçait déjà un doublement de ses estimations de la famine mondiale antérieures à la campagne COVID, tandis que son chef avertissait que le désastre économique déclenché par les confinements se dirigeait vers des famines "de proportions bibliques". Les dernières conclusions montrent que plus d'un milliard de personnes sont jetées dans les rangs des personnes désespérément pauvres. Ces personnes se retrouvent aujourd'hui dans une situation désastreuse, sans emploi, sans abri et affamées, tant dans les pays impérialistes que dans les pays sous-développés. La famine est apparue dans un nombre croissant de pays. La faim tue désormais bien plus de personnes que COVID-19 n'a pu le faire. Selon les statistiques officielles du Programme alimentaire mondial des Nations unies, au 7 juin 2020, environ 12 fois plus de personnes sont mortes de faim dans le monde que de Covid-19 cette année.

Les dirigeants politiques et les planificateurs économiques des puissances impérialistes sont obsédés par l'"assouplissement quantitatif” (baisse des taux d’intérêt et augmentation de la masse monétaire) pour contrer les conditions de la crise. Mais les banques centrales, les entreprises et les foyers sont déjà excessivement surchargés de dettes accumulées. Empiler des dettes sur des dettes ne fait qu’aggraver la crise. En fin 2019, la dette publique mondiale s’élevait déjà à 255 000 milliards de dollars, soit près de trois fois le niveau d’endettement de 87 000 milliards de dollars au moment du krach financier de 2008. Et le peuple est scandalisé par le fait que, alors qu’il souffre de l’aggravation rapide des conditions d’oppression et d’exploitation, les plans de sauvetage et de relance vont aux banques et aux monopoles.

Les conditions de la crise économique et politique sont réunies pour que le prolétariat et le peuple lancent des protestations de masse à l’échelle mondiale. Elles ont commencé à éclater ou repris leur vigueur pré-pandémique aux Etats-Unis, en Europe, à Hong Kong, aux Philippines, en Inde, au Népal, en Bolivie, au Brésil, au Chili, au Kurdistan, en Turquie, au Liban, en Palestine et ailleurs. En utilisant des mesures répressives, les systèmes au pouvoir génèrent une crise politique. Ils incitent le peuple à se soulever et à combattre l’escalade des conditions d’oppression et d'exploitation. Il est largement reconnu que le système capitaliste mondial est maintenant en proie à une crise économique et financière qui est certainement bien pire que celle de 2008, et les gens sont de plus en plus incapables et réticents à vivre comme avant et à accepter la soi-disant “nouvelle norme”.

Dans les pays sous-développés, le peuple souffre bien plus d’oppression et d’exploitation que le peuple dans les pays impérialistes. On peut s’attendre à ce qu’ils mènent diverses formes de lutte. L’aggravation du problème de terres par les entreprises agricoles impérialistes, en conjonction avec la persistance de formes féodales et semi-féodales d’exploitation, génèrent des conditions toujours plus favorables à la guerre populaire selon la ligne de la révolution populaire démocratique dans les pays semi-coloniaux et semi-féodaux comme les Philippines.

La pandémie et ses crises économiques et sanitaires concomitantes présentent des opportunités favorables pour les luttes du peuple, ainsi que d’énormes tâches et défis. De nombreux problèmes émergents appellent les campagnes et luttes du peuple. Ils sont diffusés par les forces anti-impérialistes et démocratiques, portés par des méthodes et moyens de communication traditionnels et modernes, et incitent le peuple à manifester et revendiquer collectivement à différentes échelles, du local au mondial. 

Les oligarques financiers, les capitalistes monopolistes et leurs alliés compradores prétendent vouloir revenir à l’état normal des choses, comme dans le passé, mais eux-mêmes ainsi que leurs agents politiques au pouvoir élèvent le niveau d’oppression et d’exploitation et présentent cela comme la “nouvelle norme” afin de dépasser la crise croissante du système capitaliste mondial. Il y a un besoin urgent que le peuple saisisse le moment et augmente le niveau de conscience, d’organisation et de mobilisation pour des réformes radicales et un changement révolutionnaire. 

C’est la tâche urgente et impérative de toutes les forces patriotiques et progressistes qui aspirent à la libération nationale et sociale de susciter, organiser et mobiliser ce dernier dans la lutte en vue de réaliser la pleine indépendance nationale, la démocratie, la justice sociale et le développement économique à travers une véritable réforme agraire et l’industrialisation nationale, l’expansion des services sociaux, le développement d’un système éducatif et culturel national, scientifique et favorable au peuple, et la solidarité internationale avec tous les peuples et pays sur la base de l’égalité, la coopération et des avantages mutuels et pour la cause de la paix juste et du développement contre l’impérialisme et toute réaction.

écologie impérialisme traduction Jose Maria Sison international

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