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Pourquoi nous n'avons soutenu ni Macron ni Le Pen : blanc ou abstention, dans tous les cas, organisation !

  • Le 01/05/2022

5 ans de politiques violemment anti sociales, de répression généralisée, de discours racistes, de mépris de classe ouvert, de militarisation de la société et d’arbitraire policier jusque dans notre vie quotidienne...ont produit une haine de classe envers le candidat favori de la grande bourgeoisie.

L'Imposture sociale du Rassemblement National

Une partie non négligeable de la classe ouvrière et de la jeunesse populaire ayant voulu exprimer son opposition aux politiques voulues par les monopoles français par le vote Mélenchon (sans remettre pour autant le cadre même de l’exploitation capitaliste et de la dictature de la bourgeoisie) a porté ses suffrages vers la candidate d’extrême droite Marine Le Pen afin de « dégager Macron ».

Il ne faut pas tomber dans le discours selon lequel "les ouvriers votent Marine Le Pen", qui est plein de mépris de classe et représente la peur et la haine d’une partie de la petite bourgeoisie envers la classe ouvrière. En effet, c’est l’abstention qui est la plus forte parmi la jeunesse, les travailleurs les plus exploités et les quartiers populaires. Et plus le temps passe, plus cette abstention se développe. Cependant, ces dernières élections confirment une montée des forces réactionnaires au sein de la jeunesse et des travailleurs, de façon bien plus importante que précédemment. C’est cela que nous avons besoin d’analyser pour le comprendre et orienter notre lutte pour arracher à la démagogie réactionnaire nos frères et sœurs de classe.

Un argument souvent avancé serait que Le Pen serait favorable au retour à la retraite à 60 ans, contrairement à Macron qui est pour son allongement jusqu’à 65.

En réalité Marine Le Pen ne s’est engagée à revenir à l’âge de 60 ans uniquement pour les travailleurs ayant commencé à travailler à 17 ans... moyennant une hausse des années de cotisation, jusqu’à 45 années. Pour ceux arrivés tardivement sur le marché du travail cela veut dire la retraite à 67 ans.

De plus, le RN, tout comme avant lui le FN, est favorable à la suppression des cotisations sociales, c’est-à-dire de notre salaire socialisé. En pratique, cela ouvre la voie à la casse généralisée de la Sécu, des retraites et de l’assurance-chômage. Toute l’imposture du discours social du RN se voit ici : proposer des slogans attractifs comme la retraite à 60 ans, mais expliquer sans les moyens de le financer et de l’appliquer, alors qu’en réalité, personne ne pourra y prétendre…

Le Pen c’est aussi la "préférence nationale", c’est-à-dire l’instauration d’un apartheid social vis à vis des travailleurs étrangers, en leur interdisant l’accès au logement, à l’emploi, aux aides sociales voire à la santé.

Elle veut notamment interdire aux étrangers et binationaux l’entrée dans la fonction publique. En pratique cela veut dire le licenciement de 3,5 millions de fonctionnaires.

Elle veut réserver les logements sociaux aux Français. En pratique cela veut dire près de 1 million de prolétaires privés de logement social.

Ce sont des attaques sans précédent contre les droits fondamentaux d’une partie du prolétariat. La justification ? Résorber le chômage, qui serait du aux immigrés. La réalité, c'est que le chômage est provoqué par le patronat, qui délocalise, licencie et précarise.

La « préférence nationale » ne résoudra aucun problème pour les travailleurs français, au contraire. Elle permet au patronat de disposer d’une armée de réserve de travailleurs privés de droits, livrés à la misère et à la répression policière, contraints d’accepter les pires salaires et conditions de travail, tirant l’ensemble des droits des travailleurs vers le bas. Elle permet d’inscrire juridiquement dans la Constitution un fait déjà existant : la division des travailleurs en fonction de leur nationalité, brisant ainsi l’unité de la classe ouvrière.

Le Pen est aussi en faveur de l’inversion de la hiérarchie des normes, c’est à dire la fin de la primauté du Code du Travail sur les Conventions Collectives Nationales, puis les Accords de Branche, puis Accords d’Entreprise, et tout en dessous du Contrat de Travail. C’est grave parce qu’actuellement, des millions de travailleurs bénéficient de conquêtes sociales grâce au code du travail ou grâce à leur convention collective, malgré un rapport de force négatif dans leur entreprise ou site. L’existence de cette hiérarchie des normes, qui fait que seule les dispositions les plus favorables aux travailleurs sont appliquées, permet aux bastions syndicaux, là où le rapport de force existe, de revendiquer pour l’ensemble des travailleurs de leur branche, secteur, voire du pays, et de gagner des avancées sociales pour tous.

La destruction de ces dispositifs, en plus d’attaquer violemment les salaires et conditions de travail de millions de personnes, vont isoler les secteurs les plus organisés (qui pourront se battre contre le recul social dans leur entreprise) du reste de la classe ouvrière (trop désorganisée ou morcelée pour résister à la destruction de fait des conventions collectives).

C’est donc également une stratégie d’écrasement du mouvement syndical de classe, c’est-à-dire de la force historique ayant apporté tous les droits sociaux dont nous bénéficions actuellement.

Le Pen se place dans la droite ligne de Hollande et Macron, car cette fameuse inversion était la mesure clé de la Loi Travail ou El-Khomri, promulguée en 2016 par ordonnance par Hollande, dont Macron faisait partie des auteurs, et contre laquelle une grande lutte populaire a eu lieu, à laquelle notre organisation a largement pris part.

Ces exemples sont là pour démonter la démagogie sociale sur laquelle le Rassemblement National a construit son existence depuis quelques années. Ce n’est pas un parti ouvrier, c’est un parti défendant les intérêts du patronat, qui s’oppose aux grèves et aux revendications. Pas un travailleur n’a intérêt à voter en faveur de Marine Lepen. Mais personne n’a intérêt à voter Macron pour autant.

Macron lepen patron

Vote Macron, vote antifasciste ?

Comme en 2017, une pression très forte a été organisée pour appeler à voter Macron au 2nd tour. Encore une fois le barrage républicain a été proposé comme seule alternative antifasciste. Encore une fois, des arguments-massue ont été employés pour cacher les grosses ficelles de la manoeuvre politique. S’il est possible de comprendre des individus qui, par peur des relents nauséabonds de Le Pen, ont choisi de voter Macron, il est scandaleux que des organisations fassent de ce candidat un vote antifasciste et antiraciste, alors que le mandat de Macron a fait exploser la réaction sous toutes ses formes.

Nous refusons les leçons des antifascistes du dimanche et maintenons que le choix fait par un grand nombre d’organisations d’appeler à voter Macron en 2017 a été le meilleur tremplin pour le renforcement du RN et sa présence au 2nd tour 2022. Ce choix, en l’absence de parti tenant une ligne de classe indépendante, a propulsé le RN dans la place du premier opposant politique, et du seul parti défendant les intérêts de la classe ouvrière dans de nombreuses têtes.

A l’heure où un nombre considérable de travailleurs s’apprêtaient à voter Marine Le Pen contre Macron, le seul mot d’ordre à même de les arracher à l’influence de l’extrême droite et de les amener vers le chemin de la lutte aux côté du reste de la classe ouvrière, c’est celui de l’abstention ou du vote blanc, de la lutte et de l’organisation.

Avec Macron maintenant élu, les capitalistes auront un gouvernement à leur convenance, avec un mandat clair : liquider l’ensemble des protections collectives et libertés démocratiques que la classe ouvrière a conquis de haute lutte. Pour ce faire, ils comptent sur la passivité du prolétariat et de la jeunesse. Macron a annoncé pendant la campagne qu’il associerait les organisations syndicales de salariés à l’application de leur contre-réforme. Le quinquennat Macron a montré les directions de ces dernières y sont particulièrement disposées. La farce du «front républicain» y a servi de couverture.

Mais le quinquennat Macron a aussi été marqué par l’irruption de révoltes populaires et de puissants mouvements sociaux : mobilisations étudiantes et lycéennes contre la sélection et la privatisation de l’enseignement supérieur, grève des cheminots contre la liquidation de la SNCF et du statut, Gilets jaunes, grèves massives contre la réforme des retraites, occupations des théâtres contre celle de l’assurance chômage, manifestations monstres de la jeunesse contre les violences policières et le racisme d’Etat...

Ces luttes n’ont pas toujours été victorieuses, loin de là. Mais elles ont montré que la classe ouvrière, la jeunesse populaire, le peuple travailleur de France...sont loin d’être des spectateurs passifs de l’histoire.

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