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Elections luttes et strategie

Elections, luttes et stratégie : reconstruisons classe contre classe !

  • Le 01/05/2022

Dans les conditions actuelles d’aggravation de la crise capitaliste mondiale, la bourgeoisie n’a qu’un programme : poursuivre son œuvre de destruction de nos conquêtes sociales, son exploitation des travailleurs dans la course aux taux de profits, poursuivre ses plans d’engagement dans les guerres et les alliances impérialistes, le redéploiement de la Françafrique, la répression du mouvement syndical de classe et des luttes populaires.

Malgré la violence sociale et les nombreuses luttes des 5 dernières années, le rapport de force est clairement négatif. Alors que la guerre impérialiste en Ukraine venait de prendre un nouveau tournant, les élections présidentielles battaient leur plein dans notre pays. Une nouvelle occasion pour la bourgeoisie de tromper le peuple, de chercher à recréer un consensus autour de l’existence des institutions actuelles – qu’on les aime ou qu’on les déteste – et à tout faire pour empêcher notre classe de se penser capable de diriger elle-même la société.

D’un autre côté, force est de constater qu’on ne peut pas faire comme si ces élections n’existaient pas, car les débats politiques qui s’y tiennent et les votent qui en résultent auront un impact durable sur nos réalités quotidiennes, mais changeront également le terrain de la lutte des classes pour la suite des élections. Nous présentons ici le fruit de nos réflexions après les présidentielles, les positions que nous avons tenues, et des perspectives pour la suite.

Le monarchisme présidentiel

N’oublions pas que la Ve République, née en 1958 par un coup d’Etat militaire (il s’agit du Général de Gaulle), pendant la guerre d’Algérie, est déjà une constitution très anti-démocratique, si on la compare à la IVe République ou à d’autres pays. Dans notre pays, le président nomme le premier ministre, qui à son tour compose le gouvernement et ainsi gère le pays, rédige les projets de lois etc., tout cela quel que soit la couleur politique du parlement.

Bien entendu, le parlement est le seul à même de voter les lois, et peut luimême en proposer. Il peut également renverser le gouvernement par le vote d’une motion de censure. Mais son pouvoir réel est très limité : on voit que dans les faits, c’est le gouvernement qui propose l’essentiel des lois et que c’est principalement l’action des ministres qui détermine le calendrier des lois. Qui plus est, en cas de renversement du gouvernement, le président reste en place et n’a qu’à nommer un premier ministre.

Le parlement peut également être court-circuité par le gouvernement avec l’usage de l’infâme article 49.3 qui permet au gouvernement d’engager sa responsabilité (il s’expose à être renversé par un vote de censure, mais encore une fois : pas le président !) et de faire passer une loi sans la faire voter. Le président peut aussi faire passer des décrets ou ordonnances présidentiels, dissoudre l’assemblée nationale, et l’article 16 de la constitution lui permet même d’avoir les pleins pouvoirs en cas d’urgence, le temps d’éliminer la « menace ».

Pour ce qui est du parlement (Sénat + Assemblée Nationale) : alors qu’il était avant élu à la proportionnel, on passe au vote par circonscriptions . La différence : avant, on votait pour une liste nationale, et le nombre de sièges étaient distribués proportionnellement selon les résultats, entre les différentes listes. Maintenant, le pays est divisé en circonscriptions, qui élisent chacun leur député, sensées avoir plus ou moins le même nombre d’habitants (mais la plus peuplée, le Val d’Oise, a 180.000 habitants, tandis que la Lozère en a 34.000). Ce nouveau système a favorisé le clientélisme, les réseaux d’influence locaux du patronat, et a défavorisé les communistes qui ont perdu énormément de voix dès les premières législatives de la Ve république.

Tout ceci fait que le mouvement ouvrier a toujours dénoncé les formes autoritaires de notre constitution actuelle, qui intègre en fait des éléments fascistes en son sein. Cette constitution a souvent été qualifiée de monarchisme présidentiel, tant le président de la république détient autant de pouvoirs.

Mais, contrairement à La France Insoumise, le projet des communistes n’a jamais été une simple transformation des institutions de la république bourgeoise. Au contraire, les communistes ont toujours souligné qu’il faut agir sur la source du problème, qui est le pouvoir économique de la bourgeoisie, c’est-à-dire la propriété privée des moyens de production, d’échanges, etc.

Quel est le projet communiste ?

C’est uniquement si les entreprises sont socialisées, qu’il est possible d’organiser une société ayant un but réellement démocratique. Et non pas des institutions ayant l’apparence de la démocratie, mais qui, en pratique, ont pour fonction première de préserver la propriété privée capitaliste, d’interdire à la classe ouvrière et ses intérêts l’exercice du pouvoir, et de corrompre les positions de « lutte des classes » en collaboration avec la bourgeoisie.

Car la démocratie qui est possible sans la bourgeoisie, c’est la démocratie sur les lieux de travail, qui au lieu de séparer arbitrairement les pouvoirs, les réunit pour les mettre dans la main des travailleurs, en y ajoutant le pouvoir économique : celui de décider ce qui est produit, comment il est produit, pourquoi il est produit et à qui il est distribué. C’était le cas en Union Soviétique où le lieu fondamental de la démocratie était l’usine, le bureau, l’atelier, le champ. Les travailleurs, réunis en conseil (en Russie, ces conseils portaient le nom de « soviets »), traitaient toutes les questions, et constituaient la base de l’Etat socialiste. Leur décisions étaient remontées via des délégués de bas en haut jusqu’à arriver au Soviet Suprême qui rassemblait toute l’Union. Puis, les décisions prises au plus haut niveau redescendaient et étaient appliquées par tous.

C’est ce projet que les communistes défendent : un projet radicalement incompatible avec les institutions républicaines actuelles. Un projet qui est nécessairement une rupture totale avec tout l’ordre capitaliste, qui demande également une refonte complète de l’armée, de la police, des tribunaux afin non plus d’en faire des instruments de la répression bourgeoise contre le peuple, mais un instrument de répression des travailleurs contre la bourgeoisie et ses alliés.

Cela ne veut pas dire que les communistes refusent la lutte dans le cadre des institutions actuelles. Au contraire, les communistes ont toujours lutté contre les réformes anti-démocratiques, et ont longtemps occupé une place en première ligne. Mais tout l’enjeu, c’est de faire progresser la conscience de classe, et non de la faire régresser, au travers les luttes institutionnelles.

La participation aux élections

Les communistes ne se refusent pas par principe à participer aux élections bourgeoises. Au contraire, ils considèrent que ces élections sont également un lieu où se mène la lutte des classes. Déjà parce qu’il existe un débat public pendant les élections, qu’il est possible d’investir. Ensuite, parce qu’avec ses élus, un parti peut mener une lutte via des lois, des questions au gouvernement, soutenir les luttes des travailleurs, etc.

Ce qui importe, c’est que ce soit le parti qui contrôle les élus, et non l’inverse. Ce qui importe aussi, c’est que l’action électorale d’un parti permette non pas de diffuser des illusions sur les possibilités démocratiques au sein de l’Etat capitaliste, mais au contraire s’en serve à convaincre des masses toujours plus grandes de travailleurs de l’impossibilité d’une réelle démocratie ouvrière sans dictature de classe contre la minorité exploiteuse.

A ce titre, la social-démocratie joue exactement le rôle inverse, qui est de capitaliser sur la colère des travailleurs pour se faire élire et tailler les organisations socio-démocrates selon les besoins électoraux uniquement, puis de donner pour seul horizon à cette colère le cadre des institutions capitalistes.

A l’heure actuelle où la révolution paraît tellement loin, avec la décomposition du mouvement de classe qui s’est approfondie, le débat interne au mouvement ouvrier s’éloigne largement de ces notions. Nous en sommes réduits à discuter de la possibilité même de la lutte. Ainsi, la social-démocratie apparaît comme attrayante pour de nombreux camarades, car elle promet non pas la fin des malheurs et du chacun pour soi, mais quelques mesures de soulagement immédiat, et d’aménager de meilleures conditions de lutte.

Mais dans le débat sur les élections et la reconstruction du rapport de force, nous devons tenir compte non seulement du programme factuel des différentes forces, mais aussi de comment les évolutions politiques et idéologiques influencent la lutte des classes, les questions syndicales, et vice-versa.

Luttes des classes et lutte politique

La lutte des classes sur le lieu de travail est le fruit de la nécessité. C’est le patronat, qui, poussé par la nécessité économique de la concurrence et de la crise du capitalisme, attaque les travailleurs, cherchant par mille moyens à réduire leur salaire, les isoler, les humilier. A l’échelle de la société, cela s’applique non seulement aux travailleurs mais aussi à des petits propriétaires endettés, opprimés comme le reste de la classe ouvrière. C’est d’abord uniquement pour résister à cette guerre sociale permanente que les luttes existent. Puis historiquement, des organisations permanentes de la classe ouvrière se sont construites, ce qui est un témoin de la permanence de la guerre des classes.

Mais ce que notre histoire nous a montré, c’est que ces luttes locales à elles seules ne suffisent pas. Le patronat est, lui, uni, syndiqué dans un syndicat unique de classe (actuellement le MEDEF), dispose de ressources bien plus nombreuses que les nôtres, et a également toute la puissance de l’Etat à sa disposition pour nous réprimer. Il devrait donc être évident que les travailleurs ont besoin de combattre tous ensemble et en même temps, quel que soit les catégories, les secteurs, etc. Mais le patronat nous divise par 1000 moyens aussi, pas uniquement par les discours de ses servants politiques ou médiatiques, mais aussi par des dispositifs économiques, sociaux, etc.

Le racisme ou le sexisme sont les exemples que l’on pourrait citer en premier, bien qu’ils soient tous deux indissociables de l’histoire et de la structuration même du système capitaliste, et non des simples systèmes qui s’y superposent ou qu’il emploie afin de nous diviser. Analyser, organiser et remporter la lutte des classes implique nécessairement une lutte pour l’émancipation de toutes les couches populaires les plus opprimées par le capital.

Pour éviter la formation d’un front militant de tous les travailleurs en simple réaction à la globalité des offensives contre notre classe, le patronat intervient partout où c’est possible contre les luttes et l’organisation des travailleurs, mais aussi pour soutenir toutes les organisations “ouvrières”, qui défendent la collaboration de classe, le fameux “dialogue social” voire même qui défendent la lutte, en lui refusant la perspective d’un affrontement de classe généralisé, et lui préférant des luttes isolées les unes des autres, secteur par secteur, voire entreprise par entreprise, que le patronat pourra ainsi isoler et vaincre une par une.

Dans cet objectif, malgré la crise et les discours sur les difficultés financières des entreprises, la classe bourgeoise dispose non seulement d’argent, mais aussi de nombreuses récompenses à donner aux syndicats jaunes dociles qui obéissent aux ordres, ou pour corrompre des dirigeants au sein d’organisations de classe. On pourrait par exemple évoquer la suggestion récente par Libération de faire de Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT dont on ne présente plus les trahisons, le futur premier ministre de Macron. On pourrait également évoquer le rôle de l’Union Européenne dans cette opération, et plus particulièrement de la Confédération Européenne des Syndicats, une internationale syndicale européenne rattachée à la Confédération Syndicale Internationale, orientée sur les intérêts impérialistes, et l’idée de partenariat social, de dialogue avec les direction, de “gagnant-gagnant” entre travailleurs et patrons. La CES obtient bien entendu du financement via le Fond Social Européen…

Lénine, dans l’Impérialisme, stade suprême du capitalisme, décrivait les mécanismes de création d’une aristocratie ouvrière réformiste, au service de l’extinction des feux de la lutte des classes. C’est de cela qu’il s’agit ici. Cette couche de dirigeants syndicaux vendus au patronat cherche à empêcher la structuration de la lutte au niveau supérieur et doit être combattue politiquement. Sur ce terrain, c’est la social-démocratie qui les représente.

Même si les socio-démocrates se donnent une parole de gauche, discutent avec les syndicats de classe et promettent une alliance entre syndicats en grève et dans la rue d’un côté, sociodémocrates en lutte à l’assemblée (voir à l’Elysée...), de l’autre, le contenu même de leur programme constitue un aménagement du système capitaliste, une idée politiquement réformiste, qui alimente idéologiquement le courant favorable à la collaboration de classe au sein du mouvement syndical.

Cela peut sembler accorder beaucoup d’importance à l’idéologie. Et c’est le cas. Mais l’histoire nous démontre également que sans boussole politique, sans perspectives révolutionnaires, les travailleurs sont vulnérables au défaitisme, au chacun pour soi. La contre-révolution capitaliste en URSS, à ce titre, a eu un retentissement négatif monstrueux.

Actuellement, le mouvement syndical de classe dans notre pays est mis en danger par des forces voulant l’orienter vers la collaboration de classe. Qui plus est, la faiblesse du rapport de force renforce ces positions de capitulation. Le capital, depuis des dizaines d’années, restructure également son appareil productif, notamment via les délocalisations, pour détruire les bastions ouvriers qui ont fait la force de la CGT de classe et de masse. Les lois antisociales qui se succèdent ont également attaqué les droits syndicaux. Tout cela impose une reconstruction de l’outil syndical de classe, qui ne pourra être que le fruit d’une activité militante sincère, croyant à la capacité des travailleurs à vaincre et à se diriger eux-mêmes.

Renforcer une idéologie utile à notre classe

Dans ce contexte négatif, le soutien à la social-démocratie et les mécanismes développés par celle-ci ne seront pas utiles pour résoudre les problèmes profonds auquel fait face le mouvement de classe, mais au contraire seront dans le meilleur des cas des moyens de prolonger l’échéance et retarderont le processus nécessaire de restructuration et de reconstruction d’un puissant mouvement syndical de classe, sans lequel toute lutte sérieuse – ne parlons même pas de victoire – est impossible.

Qui plus est, la social-démocratie, dans toutes ses variantes plus ou moins radicales actuelles, propose des mesures qu’elle ne pourra pas appliquer, se refusant dans la pratique à la rupture avec l’Union Européenne, à des grandes nationalisations sans compensation, à sortir de l’OTAN. Bien que ses programmes puisse comporter ces mesures, soit on a pu voir les candidats les abandonner en direct lors de débats, soit on peut voir que les moyens d’appliquer ces mesures n’existent pas, étant donné que le pouvoir – économique, militaire, médiatique – est lui entre les mains du patronat et de ses relais, et que ce pouvoir n’acceptera au gouvernement qu’une force servant directement ou non ses intérêts.

Les expériences sont nombreuses : Salvador Allende au Chili (1970- 1973) a désarmé la classe ouvrière, jusqu’à se faire lui-même renversé militairement par la réaction. Sur des expériences récentes en Europe, Syriza en Grèce a trahi toutes ses promesses, et la gauche espagnole fait passer pour « révolutionnaire » des mesures sociales quasiment sans avancées, avec pour premiers résultats la déception immense parmi les travailleurs ayant voté pour la social-démocratie. Non seulement cela a affaibli les luttes, mais cela a aussi servi de marchepied au fascisme, placé souvent avec la complicité du système médiatique et le financement de la bourgeoisie dans la position de premier opposant politique.

Là aussi les exemples sont présents : la montée de l’Aube Dorée en Grèce, de Vox en Espagne s’est accélérée lors de gouvernements socio-démocrates, qui eux aussi promettaient des meilleures conditions de lutte. Pour ce qui est de la France, n’oublions pas Mitterrand, qui non seulement a réussi son rôle de pompier social (d’extinction des luttes), mais a remis sur la scène un mouvement fasciste moribond pour se faire réélire. N’oublions pas Hollande dont l’ennemi – soit disant – était la « finance », pourtant instigateur de la Loi Travail, de l’Etat d’urgence pour ne citer que ces deux éléments.

Cela, toujours dans un contexte certain de manipulations médiatiques orientées par la bourgeoisie hypocrite, favorise aussi la séparation entre travailleurs organisés et travailleurs désorganisés. En effet, en l’absence de positions de classe portées par les organisations politiques, l’identification entre les travailleurs organisés et la social-démocratie amène à un phénomène de rejet des organisations par une certaine frange de travailleurs non-organisés. Si nous ne devons pas aligner nos positions sur les idées des travailleurs retardataires, il est par contre important de lutter contre les opérations de divisions politiques entre travailleurs organisés et non organisés, car notre objectif est après-tout que de nouveaux travailleurs s’organisent.

D’un autre point de vue, les capitulations social-démocrates successives n’ont pas été oubliées par les travailleurs qui les vivent dans leur chair. Et les associations entre le mouvement syndical et la socialdémocratie pousseront un nombre toujours plus important de travailleurs, privés de repères de classe, dans les bras de la réaction capitaliste et des organisations fascistes et réactionnaires.

C’est pour toutes ces raisons, en l’absence d’un parti communiste révolutionnaire, défendant le renversement du système capitaliste, la socialisation de la production économique et le pouvoir aux travailleurs, cherchant à structurer et développer le rapport de force vers une voie révolutionnaire, que nous n’avons soutenu aucun candidat lors du premier tour.

Nous alertons en particulier sur les illusions diffusées par la nouvelle social-démocratie “radicale”, qui provoquera des déceptions à la hauteur des illusions qu’elle a créées. L’indépendance de classe du mouvement, son existence même, sont actuellement dans la ligne de mire des capitalistes.

L’urgence, au contraire, est à l’union des communistes révolutionnaires, des forces avancées de la lutte des classes, pour la reconstruction d’un parti à même de défendre les intérêts politiques de la classe ouvrière : un parti communiste.

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