Plaidoyer du camarade François le 3 février

Nous diffusons le plaidoyer de notre camarade François, prévu pour son audience le mardi 3 février 2026, prononcé finalement lors du rassemblement.

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les membres du tribunal,

Je suis accusé par la présidence d’Aix-Marseille de « diffamation » et d’« atteinte à la réputation de l’université ». Dans le cadre de mon syndicat, le Comité de Lutte, j’ai effectivement diffusé un tract auprès des étudiants, qui critique les politiques de la présidence de l’université.

Le contenu de ce tract porte sur la censure des évènements de solidarité avec la Palestine sur le campus et sur les collaborations de l’université avec l’armée. Ces collaborations s’inscrivent dans un contexte de coupes budgétaires dans l’enseignement supérieur, dégradant le service public et poussant les directions d’université à chercher d’autres sources de financement, qu’il s’agisse du secteur privé, comme la CMA CGM, ou encore de l’armée.

Rappelons que l’université est membre du club de la Direction générale de l’armement depuis 2013, entretient des partenariats avec l’État-major de la Zone de défense Sud depuis 2021 — renouvelés en 2024 — et met en place des mesures visant à augmenter les notes des étudiants réservistes ou de ceux participant à des conférences de généraux de l’armée.

Ne soyons pas dupes : l’explosion des budgets militaires, le Service militaire volontaire, la venue des généraux sur les campus, des soldats dans les lycées et les France Travail… nous assistons à une surenchère militariste, où il s’agit partout de « cultiver l’esprit de défense ». Termes utilisés par l’université elle-même. Ces termes sont repris par de plus en plus de généraux, comme Fabien Mandon, chef d’état-major des armées, qui affirme que ce qui manque aujourd’hui en France pour mobiliser la population dans un conflit militaire, ce sont avant tout les esprits. Et ce que fait la présidence d’Aix-Marseille, c’est faire rentrer dans la tête de la jeunesse qu’elle peut se sacrifier sur l’autel de la patrie, alors qu’en réalité, il s’agit de défendre Total, la CMA CGM, les plus grands monopoles français contre ses concurrents à l’international. Entre la défense et la guerre, il n’y a qu’un pas.

Ma position d’« accusé » dans ce tribunal est le symbole du tournant autoritaire que nous vivons depuis plusieurs années : un système capitaliste en crise, de plus en plus réactionnaire, qui réduit progressivement les libertés d’expression et accentue la répression étatique — policière et judiciaire — contre les mouvements syndicaux, sociaux et de solidarité avec la Palestine. Mais aussi à l’international, où l’État français accentue les pressions diplomatiques, économiques et militaires sur les États sous sa domination ou par d’autres puissances impérialistes afin de sécuriser les marchés de ses plus grandes entreprises privées et garantir leurs taux de profits. Et cela passe aussi et surtout à l’heure actuelle par toutes ses collaborations stratégiques avec l’Etat criminel sioniste qui occupe le territoire historique de la Palestine et y mène un génocide.

Le fait qu’aujourd’hui un président d’université, ici M. Éric Berton, se permette de lancer des poursuites d’abord disciplinaires contre ses étudiants en lutte, puis judiciaires est un message fort adressé à l’ensemble de notre camp, des organisations syndicales, politiques et de solidarité qui cherchent à organiser un rapport de force pour conquérir une société de paix, débarrassée du profit et orientée vers la réponse réelle aux besoins sociaux des populations.

Ce qui se joue ici, c’est de la répression politique.

Comment ignorer l’empilement des poursuites disciplinaires à l’encontre des étudiants mobilisés en solidarité avec la Palestine les années précédentes ? Je parle par exemple des étudiants de Science Po Paris, qui ont exprimé leur solidarité avec le droit le plus légitime d’un peuple opprimé par le colonialisme et l’impérialisme. Un peuple à qui on étouffe son droit le plus inaliénable de se forger son propre avenir et son propre destin.

Comment ignorer l’entassement des poursuites judiciaires pour « apologie du terrorisme » à l’encontre de militants de solidarité avec la Palestine, comme Alex, Mahdieh, François Burgaud, Yamin, bien d’autres encore, voire même de militants syndicaux comme Jean-Paul Delescaut, secrétaire de l’UD CGT du Nord ou encore Timothée Esprit, ouvrier cégétiste de la FNIC licencié pour ses opinions soutenant la résistance palestinienne.

Comment ignorer aussi la dissolution du Collectif Palestine Vaincra ou encore des procédures visant à interdire Urgence Palestine ?

Ce procès à mon encontre se déroule dans ce contexte. Toutes ces procédures visent la même chose : taire nos voix, les criminaliser, nous intimider et nous faire sortir de la lutte. Car il s’agit de ça : éteindre la lutte alors que nous avons toutes les raisons de l’impulser et de l’amplifier face à l’injustice, au premier génocide du XXIᵉ siècle qui se déroule sous nos yeux et au risque d’une guerre mondiale avec l’explosion des conflits dans le monde et de la surenchère militariste de tous les Etats impérialistes.

Plus exactement, les propos ciblés par ces poursuites judiciaires sont le soutien politique à la résistance palestinienne : il s’agit de soutenir le droit à l’autodétermination du peuple palestinien, pour sa libération nationale, de la mer au Jourdain, une Palestine libre, un Etat laïque, unique et indivisible. La libération des palestiniens, mais également du peuple libanais, syrien et tous les peuples de la région. Une perspective que cherche à étouffer toutes les puissances occidentales qui voient en cet Etat sioniste un poste avancée du Moyen-Orient pour étendre leur zone d’influence, pour accéder aux matières premières stratégiques et les priver aux peuples de la région ainsi qu’aux concurrents principalement chinois et russe.

Étudiant à AMU depuis 2017, mes camarades et moi avons toujours vécu des tentatives par les directions successives de l’université de saborder les libertés syndicales et démocratiques de base : le droit de pouvoir tracter, informer sur le campus et le droit de réunion, dans des visées de mobilisation sociale.

Alors que l’université a toujours représenté un symbole de la diffusion de connaissances émancipatrices souvent critiques du pouvoir établi, force est de constater que depuis 2019, avec l’arrivée de M. Éric Berton, cette censure et cette répression s’est accentuée en interdisant de facto des tractages, AG, des conférences et séminaires scientifiques portant notamment sur la Palestine.

Tout est bon à prendre pour assimiler toute lutte organisée sur le campus comme un acte répréhensible, de « trouble à l’ordre public » et menaçant la sécurité des étudiants et du personnel. Rappelons que M. Berton a fait intervenir les forces de l’ordre pour briser l’occupation étudiante à Aix en 2023. Il s’agissait d’interrompre le mouvement étudiant qui s’organisait en solidarité avec le mouvement ouvrier durant la séquence des retraites, brisant ainsi la franchise universitaire.

Les arguments avancés, des prétextes « sécuritaires », font écho à l’interdiction à la fois par la préfecture et l’université d’une conférence de Pierre Stambul à l’université en 2024, laissant entendre par des communiqués de M. Éric Berton des problèmes de sécurité et de montée de l’antisémitisme, comme si dénoncer le massacre des palestiniens serait à l’origine de l’antisémitisme. Ces mêmes communiqués qui n'ont jamais dénoncé le génocide en Palestine. Pire encore, l'université a censuré des initiatives de solidarité, séminaires et des conférences organisés par des chercheurs ou des militants sur le thème de la paix en Palestine.

La présidence est même allée à l’encontre des institutions universitaires en déclarant qu’un conseil de l’UFR en 2024 était caduque, parce qu’il a osé adopté un texte autorisant le droit de tractage et de réunion sur la faculté Allsh. Ce texte, a été arraché pourtant par la mobilisation du personnel et des étudiants. De quel droit s’arroge la présidence d’annuler les décisions démocratiques lorsqu’elles ne vont pas dans ses intérêts ?

Tous ces prétextes inventés sont bidon et ne révèlent qu’une chose : ce qui gêne, ce qui organise réellement le rapport de force, c’est cela que la présidence a identifié comme la menace à faire taire :

  • Par l’intimidation
  • Par la peur des sanctions disciplinaires et judiciaires
  • Par la menace financière liée aux frais administratifs, judiciaires etc.

L’objectif : faire de nous des exemples et bâillonner la lutte.

Nous le refusons et mon syndicat ne pouvait rester indifférent face à ces choix, qui sont en contradiction avec les valeurs d'une université censée être un lieu de savoir, de paix et de débat. L’utilisation du logo détourné par mon syndicat, symbolisant AMU comme « socialement engagé pour la guerre », visait à illustrer cette contradiction de manière percutante, afin de provoquer un débat nécessaire au sein de notre communauté universitaire. J’ai donc distribué ce tract avec le souci de transformer l’université pour qu’elle soit en adéquation avec ce qu’elle devrait être.

Ces choix de la présidence d’Aix-Marseille me conduisent à affirmer que l’université soutient implicitement la guerre, en ne reconnaissant pas le caractère meurtrier des politiques israéliennes à l’encontre de la population palestinienne, en sapant tout mouvement de paix pour la Palestine sur le campus, et par son silence coupable devant ces massacres.

           

Pour conclure, je réaffirme que toutes mes actions ont toujours été guidées par un soucis profond de défendre une université publique, gratuite, de paix, où la formation est orientée vers la réponse aux besoins sociaux et non aux profits. Je n’ai fait qu’exprimer les droits démocratiques de base et que, devant l’injustice, nous avons raison de lutter.

Dénoncer ces réalités n’est pas de la diffamation, ce n’est pas une atteinte à la réputation de l’université, c’est une condamnation des politiques menées par cette présidence.

Et je tiens à dire que ni la propagande médiatique, ni la répression policière et judiciaire n’empêchera la lutte et son organisation. Ni moi, ni aucun militants dans cette salle et en dehors, ni aucun réprimés. L’avenir appartient aux peuples, et cet avenir est un monde de travail, de paix, de justice, de dignité. Car les peuples veulent vivre.

Je vous remercie pour l’attention que vous porterez à ma défense.

répression Aix-Marseille Université Palestine solidarité Jeunesse Communiste des Bouches-du-Rhône

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