VERS UN CHANGEMENT DE POLITIQUE A LA MAIRIE DE MARSEILLE ?

2020 07 21 pm 2

Nous ne gagnerons rien sans luttes !

Le Samedi 4 Juillet a consacré la victoire du Printemps Marseillais après d’âpres négociations, par l’élection de Rubirola à la mairie centrale de Marseille, comme conclusion à la victoire obtenue dans les urnes le week-end précédent.

Ce chamboulement politique retentissant trouve un écho particulier dans notre ville. En effet, beaucoup de personnes souhaitent y voir une nouvelle ère de la vie politique marseillaise. Depuis l’après-guerre, Marseille s’est habituée au renforcement de la politique des magouilles et du clientélisme, bref de la gestion mafieuse. Cela s’est incarné au fil des ans avec des personnalités comme Gaston Deferre, les Guerrini, Jean-Claude Gaudin et bien d’autres. En toute logique, nombre de Marseillais veulent sincèrement qu’il y ait un progrès dans leurs conditions de vie, et pensent que l’heure est venue pour ce changement.

Ceci étant, l’essentiel n’est pas tant de savoir à quel point la nouvelle mairie sera vectrice d’améliorations, mais plutôt d’avoir un regard critique sur son caractère, son rôle politique et des illusions que cette situation peut engendrer.

 

Une victoire dans un contexte de marasme clientéliste, soldée par une abstention énorme

Bien loin d’une large adhésion à la liste du Printemps Marseillais, cette élection se caractérise par une abstention massive (65% des inscrits se sont abstenus). En poussant un peu plus loin la sociologie des votants, le verdict est sans appel : la grande majorité des travailleurs ne votent pas. C’est donc sans le vote des larges masses populaires que le Printemps Marseillais s’est hissé à l’Hôtel de ville. De fait, la bataille électorale s’est jouée dans un entre soi politique, que toutes les composantes ont intérêt à perpétuer. 

Les élections municipales à Marseille sont le théâtre tous les six ans des magouilles électorales et du clientélisme de quartier. Une réalité qui écœure depuis longtemps la population Marseillaise, qui ressent bien que les élections municipales n'ont pas de prise concrète sur leur vie et ne peuvent amener de changement notable à leur misère quotidienne.

Cette année a été particulièrement agitée, entre les nombreux scandales de fraudes à la procuration, de bourrages d’urnes, de menaces, d’utilisation abusive des agents municipaux…  tout cela dans le  contexte de crise sanitaire. Le premier tour a été maintenu à la veille du confinement, et sans surprise a participé à la propagation du COVID. 

Après 2 mois et demi de flottement et de revirements, le second tour s’est suivi de tractations interminables : les républicains changent de candidat une fois l’élection passée et  Samia Ghali joue la surenchère pour qui aura ses voix. 

Bien qu'abjectes, ces pratiques ne sont pas le fait de brebis galeuses mais bel et bien d'un système clientéliste et mafieux consolidé par Gaston Defferre à son époque et entretenu par tous ses successeurs sans exception.

Une fois ce constat posé, il convient d’analyser les facteurs qui ont mené à la victoire du PM. 

 

Mais qui est le Printemps Marseillais ?

Cette liste a représenté l'alliance de toutes les composantes de la gauche sociale-démocrate, dirigée essentiellement par le PS, le PCF et soutenu par la FI, avec Michèle Rubirola en tête, figure écologiste ex-EELV. 

Elle mise sur le ralliement de la petite bourgeoisie progressiste : son objectif est de rassembler ce corps d'électeurs propices à l'éparpillement entre toutes les sensibilités de la social-démocratie.

Dès le lendemain de la victoire, se dessine une configuration nette du nouveau partage politique avec la prédominance du Parti Socialiste, solidement ancré dans les fiefs de ses anciens barons locaux. Benoît Payan (PS), victorieux du scrutin pour le 2 et 3ème arrondissement, est nommé 1er adjoint.  C’est Anthony Krehmeier, issu du MJS, qui est élu maire de secteur sur sa zone. Pour gagner la mairie centrale, Rubirola a intégré Samia Ghali (ex-PS) et Lisette Narducci (ex-PS, ex-UMP et autres) dans sa majorité, en leur cédant les places de  2ème et 26 ème ajointes à la marie centrale. Elles s’ajoutent au 11 adjoints officiellement au Parti Socialiste (pour un total de 30 adjoints).

A cela s’ajoute les élus écologistes qui bénéficient de l’engouement national autour de la « vague verte » comme acteur de la recomposition politique, et la France Insoumise autour de personnalités comme Sophie Camard. 

Olivia Fortin, nommée 4ème adjointe de la Marie de Rubirola après avoir gagné l’élection du 4ème secteur (Mairie 6-8, historique de Gaudin), affirme avoir pu l’emporter grâce à l’influence de sa famille, les Rastoin : une grande famille bourgeoise marseillaise, très présente dans la sphère politique locale depuis le XIXe siècle et propriétaire de savonneries et de fabriques d’huile d’olive.

D’ailleurs, la liste des huit candidats du Printemps Marseillais et maintenant la liste des adjoints à la mairie se compose essentiellement de cadres et de chefs d’entreprises.

C’est donc l’aile droite du Printemps Marseillais, élargie aux figures socialistes de la gestion clientéliste de Marseille, qui détient le pouvoir au sein des mairies de secteurs et de la mairie centrale.  

Dans cette lignée, selon le journal La Marseillaise, les hauts postes administratifs municipaux de directeur de cabinet et de directeur général des services (DGS) vont être attribués respectivement à Christophe Pierrel et Benoit Quignon. Christophe Pierrel est actuellement le directeur du nouveau stade de Bordeaux et auparavant membre du cabinet de Michel Vauzelle (Président PS de la Région PACA) ainsi que secrétaire adjoint de l’Elysée sous la présidence de Hollande. Benoit Quignon quant à lui, est actuellement le directeur de SNCF Immobilier et auparavant DGS à la ville et à la métropole de Lyon sous Gérard Collomb. 

Le changement semble se faire avec les mêmes qui nous dirigeaient jusqu’à présent. 

 

Les problématiques de la misère à Marseille

A Marseille, les conditions de vie de la population s'aggravent constamment conjointement à la détérioration des conditions de travail et l'accroissement du chômage dans la ville.
Durant les 30 dernières années, le tissu industriel marseillais a été presque totalement détruit. La production est délocalisée hors de France, ou bien décalée autour de l’étang de Berre pour empêcher la concentration ouvrière urbaine, trop propice au conflit de classe. 

La création d’Euromed en 1995 accélère la politique d’urbanisme entièrement tournée vers la transformation du centre-ville au profit de l’économie du tourisme. La politique officielle est de laisser se dégrader les infrastructures, les immeubles afin de justifier des projets de rénovation pharaonique déconnectés des besoins de la population dont l’objectif est l’augmentation des loyers, chasser les populations précaires et créer des quartiers « aseptisés », tout en augmentant la rente des propriétaires.

Le tourisme se lie à l’objectif de faire de Marseille, non plus une ville où l’on produit, mais le centre de direction du transport de marchandise par voie maritime (dont l’activité portuaire se passe en réalité à Port-St-Louis-du-Rhône), faisant de Marseille la porte d’entrée économique de l’Europe sur la Méditerranée. 

Toute la ville ne rentre pas dans le schéma de cette transformation urbaine. Des immenses quartiers sont laissés à l’abandon et deviennent de fait des prisons dortoirs pour une population ouvrière bannie, favorisant le développement d'activités économiques souterraines comme la drogue et autres trafics.

La situation du logement va en s'aggravant. Le drame des effondrements de la rue d’Aubagne, les immeubles condamnés, les incendies réguliers dans des cités vétustes (Maison Blanche, les Lauriers...) ont mis en lumière ce que vivent les habitants les plus pauvres de Marseille qui subissent des conditions de vie humainement dégradantes dans des logements majoritairement insalubres, très souvent dangereux. Ce sont plus de 3000 personnes qui se sont vus expulsés de leurs logements à la suite du 5 novembre.

Marseille est un important lieu de passage et de résidence des réfugiés. Le département et la Mairie sont conjointement responsables de l’abandon administratif de ces personnes, de l’absence de procédures de suivi et d’accompagnement pour l’obtention de droits. Les autorités misent sur le pourrissement de la situation et le rejet des habitants. Pour survivre les réfugiés ne peuvent compter que sur la solidarité de militants associatifs.

Les problématiques de la misère à Marseille ne s’arrêtent pas là : le réseau des transports est de plus en plus dégradé et chaotique, les écoles et les collèges sont en état de délabrement, les services publics ferment, les CAF ferment, privant les Marseillais de fait d’accès à leurs droits.

Il semble que la gestion de la deuxième ville de France se fasse contre ses propres habitants.


    
Nous ne gagnerons rien sans luttes !    

Il est urgent de stopper la politique destructrice et antipopulaire d’urbanisme centrée sur le tourisme et la spéculation immobilière ! Il est urgent de mettre en place des solutions pour que les habitants de Marseille puissent vivre dans des logements dignes ! Il est urgent d’obtenir des régularisations pour tous les réfugiés, afin que personne ne vive ni travaille sans droits ni sécurité ! 

Le Printemps Marseillais s’est positionné comme une force de changement, de soutien aux syndicats et aux associations. Nous ne devons pas arrêter de nous battre sous prétexte que « la gauche » est au pouvoir à la mairie de Marseille. Au contraire, nous devons multiplier les luttes pour forcer le Printemps Marseillais à agir en faveur de la réponse aux besoins sociaux des travailleurs.  

Si la mise en place de leur programme pourra amener des améliorations, nous sommes conscients des limites de leurs actions et de leurs volontés : sans luttes nous n’obtiendrons pas de changements profonds !

Ce basculement de la mairie vers la gauche dite « radicale » se fait à l’image de Barcelone (avec Podemos), c’est la création de conditions nouvelles pour la lutte. Le Printemps Marseillais à l’image de la social-démocratie assure agir pour les intérêts des travailleurs, en utilisant exclusivement les moyens institutionnels du pouvoir bourgeois.  

Dans ces conditions, nous pouvons mener des luttes sur des terrains qui relèvent des compétences municipales. Il peut être alors plus facile de faire céder la mairie sur des revendications là où les Marseillais attendent des agissements de cette dernière.

Pour cela, rester indépendant du pouvoir de la mairie est nécessaire pour nous organiser et exercer le rapport de force, afin de rester hors des enjeux qui ne concernent pas nos intérêts de classe mais seulement des tambouilles politiciennes.

Si face à ces contradictions, le Printemps Marseillais se retrouve à ne pas satisfaire nos revendications, nous démontrerons une fois de plus qu’il n’est pas possible de satisfaire les besoins des travailleurs tout en préservant les intérêts de la bourgeoisie. 

Pour 13% de la population inscrite sur les listes, le Printemps Marseillais symbolise la colère et la volonté de changement. Dans ce contexte plus que jamais : seule la lutte paie ! Organise ta colère !

Les Jeunes Communistes de Bouches-du-Rhône, le 21/07/2020
 

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