2017 05 4

« Protéger et Servir » … la bourgeoisie

Violences policières, impunité de la bourgeoisie, répression des luttes… Éclaircissements sur la “justice de classe”

Qu’est-ce que la justice de classe ?

La justice de classe est une justice à deux vitesses mise en place et gérée par et pour la classe possédante et dirigeante, la bourgeoisie. Aujourd’hui, on requiert la répression et la tolérance zéro pour les plus précaires et les militants syndicaux, contre un laxisme et une impunité sans limite pour les patrons et les dirigeants politiques. Cela n’est pas un hasard, mais il ne suffit pas de mettre en lumière la corruption des magistrats ou de la classe politique pour l’expliquer. Nous sommes dans le système capitaliste, système économique basé sur l’exploitation d’une classe par une autre, dans lequel les travailleurs sont exploités par le patronat, afin de générer des profits de plus en plus élevés, tandis que la majorité de la population vit dans la précarité, voire dans la misère. La société est donc entièrement traversée par la lutte des classes, la lutte qui oppose les exploités à leurs exploiteurs. Cette lutte est avant tout économique, et se manifeste en premier lieu dans le monde du travail, mais elle s’inscrit également dans tous les domaines de la société et est particulièrement visible aujourd’hui dans celui de la justice.

Ainsi, sous ce nom de “justice” et sous couvert de combattre l’insécurité, tout le système judiciaire est une arme que la bourgeoisie n’hésite pas à brandir pour protéger son capital et conserver un système profondément inégalitaire et injuste. En première ligne, la police, bras armé du capital, leur sert d’outil pour maintenir l’ordre. C’est pourquoi nous avons face à nous des dirigeants qui préfèrent mettre plus d’argent dans les moyens de répression que dans la lutte contre  la précarité et pour la réinsertion.

 

Une justice à deux vitesses

Alors que François Fillon et Marine Le Pen, pour ne citer que des candidats aux élections présidentielles, ont le choix de se présenter ou non devant le juge pour les affaires de détournements d’argent dont ils font l’objet, les militants syndicaux d’Air France ont été cueillis à leur domicile par la police pour se rendre au tribunal, des militants syndicaux ou politiques contre la Loi Travail sont fichés S ou ont été condamnés (2200 militants Cgt ont été condamnés depuis la Loi Travail) et de nombreux ouvriers occupant leur usine pendant une grève sont délogés par la police à la demande des patrons. Aujourd’hui, ceux qui défendent leurs droits et leur emploi sont considérés comme des “voyous” ou des “terroristes” et subissent une répression d’une violence extrême, mais ceux qui dirigent peuvent profiter de leur statut pour créer des emplois fictifs et détourner des fonds publics sans jamais être inquiétés plus que ça.

Une police ultra-violente et réactionnaire

La justice à beau être représentée avec des yeux bandés et une balance, symboles d’impartialité, elle est en réalité au service de la classe dominante qui n’hésite pas à recourir à la violence en s’appuyant sur son bras armé. Cette institution qui défend en priorité une seule classe engendre et utilise des éléments qui ne cessent de se radicaliser dans une voie ultra-sécuritaire et violente. Ainsi, comme nous l’avons vu pendant la lutte contre la Loi Travail, la police n’est pas là pour défendre les citoyens, mais pour soutenir la domination de la bourgeoisie sur les prolétaires : matraquage de lycéens, éborgnement d’un syndicaliste, jet de grenades lacrymogènes sur les manifestants... Les violences policières ont atteint un niveau inimaginable.

Mais cela va encore plus loin que la répression des luttes : la police tue, viole, humilie... Et elle se permet de faire cela parce qu’elle a l’appui d’une justice qui ne condamne personne pour avoir trop bien fait son travail, celui de «protéger et servir»... la bourgeoisie.

Cela passe aussi par une diabolisation de l’étranger qui vient soi-disant “voler le pain du français” et qui représente un danger. Ce discours massivement partagé par les militants d’extrême droite explique en grande partie pourquoi beaucoup de jeunes des quartiers populaires vivent dans l’oppression la plus totale et subissent tous les jours les persécutions de policiers de plus en plus convaincus par les idées du Front National. Les militants du FN dans les forces de l’ordre sont loin d’être minoritaires. En effet, plus de 50% de ceux-ci votent FN, et le premier syndicat monté par ce parti est le FNP (front national – police, dissout en 98). On comprend que la police et l’extrême-droite ont un rôle complémentaire, comme bras armé de la frange la plus réactionnaire du capital contre le prolétariat. 

 

Un dispositif ultra-sécuritaire : l’état d’urgence

Mais pour nos dirigeants, s’assurer que la police était prête à faire le sale boulot n’a plus suffi et il fallait lui donner un cadre d’impunité encore plus large. Alors, quand les attentats de novembre 2015 ont permis de mettre en place l’état d’urgence, la classe politique entière n’a pas hésité une seule seconde, a mis en œuvre les mesures les plus liberticides et sécuritaires et tenu un discours maintenant la population dans un climat de peur, pour justifier la répression et la justice de classe, au nom de la lutte contre le terrorisme. En effet, cet état d’urgence, loin de protéger les français dans leur globalité, marginalise, opprime et réprime ceux qui osent élever la voix contre la classe dirigeante bourgeoise et contre ses institutions. On ne compte plus les interdictions de manifestation, les assignations à résidence et les arrestations de militants sous prétexte de cet état d’urgence. Tout cela a été facilité par les mesures de l’état d’urgence, que le gouvernement n’a cessé de prolonger depuis. Quand il fait passer la sécurité avant la liberté, en agitant la menace des attentats pour apeurer et diviser, il oublie de préciser quelles libertés sont bafouées. Car pendant qu’il empêche les libertés fondamentales de s’exprimer, de circuler librement sans contrôle (jusque dans les universités), de manifester, de faire grève, la liberté d’exploiter qui définit le libéralisme se voit renforcée par la Loi Travail. L’État défend ce libéralisme et soutient le patronat en envoyant les travailleurs en prison et récompensant de milliards d’euros chaque année les patrons qui, dans leur course au profit, licencient et poussent les salariés au suicide. Un an et quatre mois plus tard, cet état d’urgence, soi-disant exceptionnel, est devenu la norme et nous nous sommes habitués à voir parader les militaires en armes dans la rue et dans les gares. Plus rien ne justifie son maintien et pourtant nous nous dirigeons vers des élections présidentielles dans lesquelles chaque candidat annonce vouloir maintenir ce panel sécuritaire et répressif.

 

Pour une justice qui défend les travailleurs

La vraie justice, ce n’est pas cela. Une justice qui serait vraiment impartiale et au service de tous, devrait être au service des travailleurs, ceux qui produisent les richesses, pas des profiteurs qui les exploitent. Elle devrait assurer le respect d’un Code du Travail assurant les meilleures conditions de travail à chacun, garantir l’accès de tous à un emploi stable, ainsi que le droit de chacun à bénéficier d’une vie décente, d’un bon système de santé et d’une réelle possibilité de réinsertion en cas de délit ou de crime. Cette justice doit permettre aux exploités d’être défendus par des travailleurs qui de fait subissent la même exploitation et sont en mesure de comprendre leurs conditions de vie. Les libertés que la justice devrait défendre, ce sont les libertés démocratiques : la liberté d’expression, la liberté de circulation, et surtout, la liberté de se syndiquer ou de s’organiser politiquement contre le capitalisme.

 

Article du journal l'Avant-Garde Avril Mai 2017